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La sculpture romane de Haute-Auvergne

Modillon à Bromme

 

Nous voudrions donner ici une présentation fidèle de la sculpture romane de Haute-Auvergne, limitée à sa moitié Ouest, et par ce biais retrouver quelque chose de l’état d’esprit de nos ancêtres. Cela ne va pas sans incertitudes, sans interprétations, sans risque d’interpolation, car les pierres souvent ne parlent pas d’elles-mêmes. 

 

 

 

 

 

 

L’église romane comme cadre  


 

On trouve le décor sculpté essentiellement sur les chapiteaux et, au chevet, sur les modillons qui soutiennent la corniche. Parfois, mais surtout dans le Mauriacois, les bases des colonnes et les petits chapiteaux des colonnettes encadrant les fenêtres sont ornés. A cela il faut encore ajouter la décoration des portails, qui prend place sur les colonnettes, entre ou sur les voussures (plus rarement), et à l’archivolte des arcs du portail et des fenêtres où courent souvent, surtout en Mauriacois encore, un cordon de billettes ou une torsade. Mauriac mis à part il n’y a pas de tympan sculpté.   

Il nous faut remarquer que chapiteaux, modillons, bases de colonnes, voussures et même archivoltes ne sont pas des éléments indépendants de l’ensemble architectural. Le chapiteau soutien une arcade et assure la transition entre la colonne, cylindrique ou demi-cylindrique, et un arc le plus souvent de section rectangulaire.Sa forme est donc en grande partie déterminée par son rôle, comme l’illustre à merveille le chapiteau dit “ cubique ” presque systématique en Mauriacois, et qu’il vaut mieux d’ailleurs appeler chapiteau “ mauriacois ”, dont le décor n’est qu’un surlignage de la fonction. 

Plus généralement, les églises cantaliennes (excepté Saint-Urcize) n’ayant pas de déambulatoire, toutes les colonnes sont engagées et ne présentent qu’un demi-cylindre. Le chapiteau de même est encastré dans la paroi et ne présente que trois faces visibles.  Le même constat vaut pour les modillons, qui eux aussi obéissent à la structure architecturale d’ensemble. La saillie des toitures, qui évite le ruissellement de l’eau de pluie sur les murs, suppose une corniche qui suppose à son tour des éléments de soutien saillants, les modillons, disposés à intervalles réguliers entre les dalles de la corniche. Sculpter un modillon revient donc à sculpter un élément d’architecture déjà largement configuré par sa fonction. Mêmes remarques enfin pour les archivoltes, qui ne sont que des larmiers protégeant les ouvertures du ruissellement, les bases de colonnes, obligatoirement demi-clyndrique, les voussures, etc.

  Archivoltes, voussures, bases de colonnes seront le lieu privilégié des frises continues, zodiaques, frises de rinceaux ou autres, qui peuvent se développer sur des surfaces elles-mêmes continues, c’est-à-dire dénuées d’angles et de ruptures. Le chapiteau au contraire induit la rupture par ses arêtes. Trois faces déterminent deux arêtes, et tout l’art du sculpteur de corbeille sera d’accepter, voire d’utiliser ces contraintes architecturales. Tout n’est donc pas possible, car le sculpteur ne décide pas du format et de la configuration de son support, mais loin de considérer ces réquisits comme des obstacles le sculpteur roman, on le verra, s’en joue et sait en tirer parti.

  De cela il découle que bien des motifs, en effet, s’expliqueront davantage par le respect de contraintes, et le jeu autour de ces contraintes, que par une volonté didactique claire ou un symbolisme échevelé. L’un n’empêche par l’autre, mais l’un peut exister sans l’autre. La structure même du chapiteau impose ou provoque le respect d’un certain nombre de lois de la sculpture romane, qu’il nous faut détailler. Méconnaître ces mécanismes nous mènerait à prendre pour des symboles ce qui n’est le plus souvent que structure et figures imposées.

 

Suite

(les lois de la sculpture romane)

 

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